Dépêches AFP

Tanzanie: le chef de l'opposition dénonce l'instauration d'un "Etat policier"

15 mars 2019 à 16h02 Par AFP
Le président du principal mouvement d'opposition de Tanzanie, le député Freeman Mbowe, a dénoncé vendredi le climat de terreur instauré selon lui par le régime qu'il a qualifié d'"Etat policier", après avoir passé plus de trois mois en détention. Freeman Mbowe, qui dirige le parti Chadema, a critiqué l'évolution du régime."Ce pays est devenu un véritable Etat policier. La peur a gagné tout le pays, en prison comme à l'extérieur des prisons. Les gens n'osent pas parler, la liberté de presse n'existe plus. Les rares médias indépendants sont suspendus", a déclaré Freeman Mbowe, au cours d'une conférence de presse."On ne peut pas bâtir la démocratie en ligotant, en faisant taire son adversaire, ou en le rouant de coups", a-t-il ajouté, avant de réaffirmer sa détermination: "Je veux rassurer les Tanzaniens: rien ne me fera changer de cap. Je crois en une Tanzanie vraiment démocratique. Je suis prêt à mourir pour cette cause". Il a aussi détaillé les conditions de vie sordides des détenus, expliquant que certains restent plus de deux semaines sans pouvoir se laver, ce qui entraîne le développement de maladies comme la gale.Il a aussi évoqué la promiscuité dans les cellules bondées, où les détenus sont entassés au point de devoir désigner l'un des leurs comme responsable, chargé de frapper dans ses mains au moment du coucher, pour que tous se tournent en même temps...Freeman Mbowe et une autre députée de Chadema, Esther Matiko, avaient été arrêtés fin novembre 2018, pour ne pas avoir obéi à deux citations à comparaître devant le juge.Ils avaient été remis en liberté sous caution le 7 mars, en attendant de comparaître devant le tribunal de Kisutu, dans le cadre du procès intenté contre des dirigeants du Chadema pour manifestation illégale.M. Mbowe et sept autres accusés sont jugés pour leur rôle dans une manifestation organisée le 16 février 2018, où une étudiante de 22 ans, qui ne participait pas au rassemblement, a été tuée par une balle perdue lors des tirs de sommation pour dégager la voie publique envahie par des partisans du Chadema.Une enquête avait été ordonnée par le président John Magufuli après la mort de l'étudiante. Six policiers avaient été arrêtés, mais ils ont été relâchés, l'accusation estimant que les responsables de cette mort étaient les organisateurs de la manifestation.Le Chadema affirme que les nombreux procès ouverts contre ses dirigeants ne visent qu'à paralyser le parti et empêcher ses députés de s'acquitter de leur mission de contrôle de l'action gouvernementale.Le président John Magufuli, au pouvoir depuis fin 2015, a été salué pour sa lutte contre la corruption mais il est qualifié d'autocrate par ses détracteurs, qui dénoncent des violations de la liberté de la presse et d'expression et la répression des opposants.