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En Afrique du Sud, Ramaphosa promet emplois et victoire aux législatives

12 janvier 2019 à 15h16 Par AFP
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a lancé samedi son parti, le Congrès national africain (ANC), dans la course aux élections législatives de mai en promettant de lutter contre le chômage et de corriger les "erreurs" du passé.

Devant plusieurs dizaines de milliers de partisans massés dans un stade de Durban (nord-est), parés des couleurs verte et jaune du parti, M. Ramaphosa a décrété la "mobilisation" en vue d'une "victoire décisive" dans quatre mois.

Au pouvoir depuis la fin du régime de l'apartheid il y a vingt-cinq ans, le parti de Nelson Mandela fait figure de grand favori du scrutin, malgré le recul de sa popularité, ses divisions et une économie désespérément en berne.

L'ANC a vu son image sérieusement écornée sous la présidence calamiteuse de Jacob Zuma, poussé vers la sortie en février 2018 par une litanie de scandales de corruption.

Son successeur à la tête du pays et du parti, Cyril Ramaphosa, a platement reconnu samedi les échecs de son camp.

"Il faut reconnaître que la corruption a affaibli nos institutions", a-t-il dit dans son discours, "en tant qu'ANC, nous reconnaissons nos échecs, nous acceptons les critiques de la population et nous travaillons dur pour corriger nos erreurs".

Le chef de l'Etat a également concédé le bilan mitigé de son mouvement au pouvoir."La promesse de liberté reste encore à concrétiser pour de nombreuses personnes", a-t-il dit.

Des millions de Sud-Africains souffrent du chômage et vivent dans des taudis, privés d'électricité et d'assainissement, la santé et l'éducation sont rudimentaires et la criminalité galopante.Surtout, les inégalités, notamment raciales, restent criantes.

- Réforme agraire -

"Nous sommes ici pour présenter un plan destiné à répondre à nos grands défis de l'heure, le chômage, la pauvreté et l'inégalité", a dévoilé samedi Cyril Ramaphosa.

Dans sa longue liste de promesses, il a annoncé son intention de doubler, à 275.000 par an, les créations d'emplois.

Mesure symbolique entre toutes, le président a répété sa détermination à "accélérer la réforme foncière qui, là où c'est approprié, autorisera les expropriations sans compensation".

Très populaire chez les sans-terre noirs, cette mesure inquiète les milieux d'affaires et la minorité blanche.

"Rien de très radical là-dedans", a commenté pour l'AFP l'analyste Lukhona Mnguni, "l'ANC a revu ses ambitions à la baisse en raison de ses difficultés".

Victime des scandales et de l'usure du pouvoir, l'ANC a vu sa popularité fondre ces dernières années.Lors des élections locales en 2016, il a pris une claque en perdant le contrôle de plusieurs municipalités emblématiques comme Johannesburg et Pretoria.

L'arrivée il y a un an de Cyril Ramaphosa à la tête du parti et du pays semble toutefois avoir enrayé sa chute.

A petites touches, l'ancien vice-président, 66 ans, un syndicaliste proche de Mandela reconverti dans les affaires, a commencé à rompre avec l'héritage sulfureux de son prédécesseur.

- "Promesses" -

Un récent sondage de l'institut Ipsos crédite l'ANC de 61% des intentions de vote, en hausse sur les 54% - le plus bas score national de son histoire - recueillis il y a deux ans.

Le départ de Jacob Zuma a toutefois laissé des traces au sein du parti.L'ex-président y dispose encore de forts soutiens, notamment dans son fief de Durban où il a été chaleureusement applaudi samedi avant le discours de M. Ramaphosa.

Malgré la rude bataille qui les a opposés, les deux rivaux se sont affichés ensemble et tout sourire cette semaine au nom de l'unité du parti, pour le plus grand plaisir de ses sympathisants.

"Je crois que le président (Ramaphosa) va tenir ses promesses", s'est réjoui Gift Xulu, un coach sportif de 36 ans, après le discours."Il n'est pas là depuis longtemps mais il a déjà réussi à changer des choses, il essaie d'unir le parti".

Malgré les difficultés de l'ANC, les deux principaux partis d'opposition ne semblent pas en mesure de lui contester la majorité absolue des sièges au Parlement.

L'Alliance démocratique (DA, centre) et les Combattants pour la liberté économique (EFF, gauche radicale) ont bien du mal à trouver un second souffle depuis la chute de Jacob Zuma, leur bête noire pendant des années.

"Le discours (de M. Ramaphosa) était plein de promesses sans lendemain dont les Sud-Africains savent qu'il ne les appliquera jamais", a dénoncé le chef de la DA, Mmusi Maimane, "seule la DA peut construire une Afrique du Sud pour tous".