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En Afrique du Sud, l'ANC dans les starting blocks pour les législatives

12 janvier 2019 à 09h32 Par AFP
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa donne samedi le coup d'envoi de la campagne de son parti, le Congrès national africain (ANC), pour les élections législatives du mois de mai, devant des dizaines de milliers de partisans réunis à Durban (nord-est).

Au pouvoir depuis la fin du régime de l'apartheid il y a vingt-cinq ans, le parti de l'icône Nelson Mandela fait figure de grand favori du scrutin, malgré le recul de sa popularité, ses divisions internes et une économie en berne.

L'ANC sort affaibli de la présidence calamiteuse de Jacob Zuma, éclaboussée d'une longue série de scandales de corruption qui l'ont contraint à la démission en février 2018.

Son successeur à la tête du pays et du parti, Cyril Ramaphosa, a platement reconnu cette semaine les échecs de son camp.

"Ces derniers temps, notre mouvement n'a pas su répondre aux attentes de la population", a-t-il concédé vendredi soir lors d'un dîner, évoquant "toutes ces histoires pénibles sur ce qui n'a pas changé" dans le pays depuis la fin de l'apartheid.

"Notre programme vise à améliorer la vie de tous en tenant compte de la réalité persistante du chômage, de la pauvreté et des inégalités", a promis le chef de l'Etat.

"Nous allons aussi renforcer la lutte contre la corruption dans toute la société", a-t-il ajouté.

L'Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, affiche un taux de chômage de près de 28%, des inégalités criantes entre la majorité noire et la minorité blanche, et une très forte criminalité (57 homicides commis par jour).

Le programme de M. Ramaphosa va aussi insister sur sa très symbolique réforme foncière.Destinée à "corriger" les inégalités héritées de l'apartheid, elle vise à faciliter la redistribution des terres en expropriant des propriétaires sans les dédommager.

Très populaire chez les sans-terre noirs, cette mesure inquiète les milieux d'affaires.

- 'Unité' -

Lors des élections locales en 2016, l'ANC a pris une claque en perdant le contrôle de plusieurs municipalités emblématiques comme Johannesburg et Pretoria.

L'arrivée il y a un an de Cyril Ramaphosa à la tête du parti et du pays semble toutefois avoir enrayé sa chute.

A petites touches, l'ancien vice-président, 66 ans, un syndicaliste proche de Mandela reconverti avec succès dans les affaires, a entamé un patient travail de rupture avec l'héritage sulfureux de son prédécesseur.

Un récent sondage de l'institut Ipsos crédite l'ANC de 61% des intentions de vote et d'une majorité absolue au Parlement, en nette hausse sur les 54% - le plus bas score national de son histoire - recueillis il y a deux ans.

Le départ contraint de Jacob Zuma a laissé des traces au sein du parti.L'ancien président y dispose encore de forts soutiens, notamment dans son fief de Durban.

Malgré la rude bataille qui les a opposés, MM.Ramaphosa et Zuma se sont ostensiblement affichés ensemble et tout sourire cette semaine, au nom de l'unité du parti.

"L'unité est là, elle est visible (...).L'ANC est vraiment unie, très unie", a insisté vendredi son secrétaire général, Ace Magashule.

Des milliers de partisans de l'ANC, parés des couleurs verte et jaune du parti, ont commencé samedi à remplir les gradins du stade de Durban où le président Ramaphosa doit prononcer son discours, prévu en toute fin de matinée.

"Nous avons perdu des soutiens car nos membres ont été déçus, surtout par la corruption", a confié l'un d'eux, Lungile Nogabe, un commerçant venu de Bloemfontein (centre), "mais avec notre nouveau président, vous allez voir ce que vous allez voir".

"Je voterai toujours pour l'ANC, je mourrai en votant pur l'ANC", a renchéri Marriam Xobololo, 53 ans, une mère de six enfants au chômage, "sans l'ANC nous ne sommes rien".

L'Alliance démocratique (DA, centre) et les Combattants pour la liberté économique (EFF, gauche radicale) seront les principaux rivaux de l'ANC aux élections.