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Au Mozambique, la ville de Beira coupée du monde par le cyclone Idai

15 mars 2019 à 18h32 Par AFP
Le passage du cyclone tropical Idai a virtuellement coupé vendredi du reste du Mozambique la ville côtière de Beira (centre), dont les 500.000 habitants étaient privés d'électricité, de téléphone portable et même d'aéroport.

Rues et routes inondées, toits envolés, poteaux électriques arrachés, la quatrième ville du pays a été frappée de plein fouet jeudi soir par des vents violents, estimés à plus de 190 km/h, et des pluies diluviennes.

Vingt-quatre heures plus tard, les premiers bilans laissent présager d'importants dégâts, notamment dans l'aéroport.

"Malheureusement, il est dévasté", a rapporté sous couvert d'anonymat à l'AFP un responsable de l'Institut national de gestion des catastrophes (DMNI).

"Les lumières qui délimitent les pistes, les équipements d'aide à la navigation, les antennes de la tour de contrôle et la tour elle-même ont été détruits", a-t-il ajouté, "la piste est jonchée de débris et les avions garés sur le tarmac ont été endommagés".

Selon ce responsable, l'aéroport ne devrait pas pouvoir rouvrir avant dimanche matin.Le trafic aérien intérieur mozambicain avait été suspendu jeudi matin en prévision de l'arrivée d'Idai.

Les autorités n'avaient recensé officiellement aucune victime vendredi en fin de journée.Seule la télévision locale STV a rapporté la mort d'un enfant, dans la province de Manica, à l'ouest de Beira, apparemment victime d'un toit arraché.

La province de Sofala, dont Beira est le chef-lieu, et celles voisines de Manica et d'Inhambane étaient par ailleurs totalement privées d'électricité depuis jeudi soir, a annoncé la compagnie nationale d'électricité.

Les autorités de Maputo avaient placé en début de semaine la région en alerte rouge en prévision de l'arrivée d'Idai et ordonné l'évacuation des populations les plus menacées.

- Plus de 140.000 sinistrés -

Depuis le début du mois, le système dépressionnaire qui est associé au cyclone Idai, présenté par les météorologistes comme le plus puissant des dix dernières années, a noyé le centre et le nord du Mozambique sous des pluies diluviennes.

Selon les autorités locales, ces fortes précipitations ont déjà fait au moins 66 morts, 111 blessés, quelque 17.000 déplacés et plus de 140.000 sinistrés.

Autorités, secours et ONG redoutent que le passage du cyclone aggrave la situation déjà précaire sur le terrain.

"Le cyclone Idai a frappé une population déjà en difficulté et donc extrêmement vulnérable.Son passage a encore aggravé leurs souffrances", a souligné Marcoluigi Corsi, le représentant de l'Unicef au Mozambique.

Selon ses estimations, jusqu'à 600.000 personnes pourraient être affectées par le cyclone, dont près d'une moitié d'enfants.

Le Programme alimentaire mondiale (PAM) de l'ONU a annoncé vendredi l'envoi de 20 tonnes de rations d'urgence et d'un hélicoptère lourd pour venir en aide aux sinistrés.

Selon les dernières prévisions des services météorologiques locaux, de fortes pluies devraient persister jusqu'à dimanche sur la ville de Beira et tout le centre du pays.

Le Mozambique subit régulièrement le passage de cyclones qui provoquent des inondations massives.Ces crues avaient causé la mort de 800 personnes en 2000 et de plus de cent en 2015.

Les récentes précipitations ont également frappé le sud du Malawi voisin, où elles ont fait 56 morts, près d'un million de sinistrés et plus de 80.000 déplacés, selon le dernier bilan publié par le Département de gestion des risques.

Les autorités locales ont monté à la hâte près de 200 camps de tentes pour accueillir les sinistrés, qui y vivent dans des conditions précaires à la merci du paludisme, ont constaté des journalistes de l'AFP.

De nouvelles pluies sont attendues dans le sud du Malawi, conséquence du passage d'Idai.

Le Mozambique et le Malawi, deux des pays les plus pauvres du monde, sont soumis depuis plusieurs années déjà à de longues périodes de sécheresse alternant avec des épisodes de pluies dévastateurs.

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