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Ghana: au ban de la société, des athées déclarent "leur existence"

23 décembre 2016 à 17h26
Accra (AFP)

A Accra, églises à chaque coin de rue, magasins louant Dieu ou Jésus, pasteurs vociférant leurs prêches ou musique gospel rappellent que le Ghana est l'un des pays les plus religieux au monde.Mais quelques athées revendiquent leur "existence", malgré les menaces de mort et leur mise au ban de la société. 

Les chrétiens représentent 71,2% de la population et les musulmans 17,6% au Ghana, selon un recensement de 2010.

En 2012, l'institut de sondage WIN-Gallup International, qui avait conduit une enquête sur 57 pays, avait conclu que le Ghana était le pays le plus croyant d'entre eux, avec 96% de pratiquants et 0% de gens identifiés comme athées. 

Ce fut le déclic pour Graham Knight, Anglais d'origine et fondateur de l'Association humaniste du Ghana (The Ghana Humanist Association).Il était déjà surnommé "le seul athée du Ghana" sur les réseaux sociaux, après avoir animé une conférence sur la question en 2011 au Nigeria voisin. 

Sur Twitter, les rares athéistes se sont d'abord rencontrés virtuellement, avant de créer leur association "pour déclarer leur existence", raconte-t-il à l'AFP: "Quand le sondage Gallup est sorti, on savait déjà qu'on était plus que 0% d'athées".

Il parvient alors à réunir 40 membres, majoritairement des Ghanéens diplômés, entre 23 et 35 ans, qui se rencontrent une fois par mois pour discuter autour d'une piscine et d'un whisky-coca. 

Les membres se retrouvent sur des bases de "logique, raison, pensée critique et liberté de pensée", explique sa présidente Roslyn Mould, 32 ans."Nous voulons aider les autres de manière désintéressée". 

Presque tous confient à l'AFP être issus de familles très religieuses, mais après des lectures, ou en discutant avec des non-croyants, ils ont choisi le chemin de l'athéisme. 

- Menaces de mort et exclusion -

A 27 ans, Agomo Atambire n'hésite pas à exprimer publiquement son point de vue sur la religion, et cela lui a valu des "menaces de mort".

"A l'université, j'ai reçu des mots très menaçants, on les avait glissés dans ma poche", confie-t-il."Je sens que ce sont de véritables menaces, mais vous devez apprendre à vivre avec", philosophe le jeune homme.

La plupart des athées revendiqués disent aussi avoir perdu des amis que leurs opinions jugées subversives dérangeaient.

Agomo Atambire connaît des gens qui ont été exclus de leur cercle familial ou punis: leurs parents ne veulent plus payer leurs frais de scolarité, ni les prendre en charge financièrement.

La famille de Michael Osei-Assibey, autre membre du groupe, n'a toujours pas accepté son refus de croire en Dieu et tient régulièrement des réunions pour tenter de le convaincre de changer d'avis.

Les "humanistes" s'en prennent surtout à l'influence grandissante des prédicateurs évangélistes sur les fidèles, en particulier au sein des églises dites "charismatiques" ou pentecôtistes, qui se sont multipliées ces dernières années au Ghana.

- 'S'immuniser' -

A Accra comme à l'intérieur du pays, le culte s'organise parfois dans des lieux improbables, comme des hangars délabrés ou sous un manguier dans les petits villages.

"N'importe qui peut se lever un matin et créer son église.Vous pouvez commencer sur le bord de la route avec votre mégaphone", ironise Roslyn Mould. 

L'association accuse les prédicateurs d'exploiter sans vergogne une population naïve et peu éduquée pour s'enrichir personnellement, en multipliant les promesses pour lesquelles leurs fidèles sont prêts à payer dans l'espoir de les voir exaucées.

D'après le sondage Gallup de 2012, la religion est d'ailleurs souvent plus présente chez les plus démunis à l'échelle internationale: les groupes les plus faibles économiquement sont 17% plus croyants que les catégories à revenu élevé. 

Les athées du Ghana veulent aujourd'hui encourager leur entourage à davantage questionner leur rapport à la religion et l'influence de celle-ci sur leur vie quotidienne. 

L'objectif, explique Michael Osei-Assibey, est "d'alerter" sur le pouvoir qu'ont certains leaders religieux et "de nous immuniser contre eux à travers le bon sens et la pensée critique". 

Même si la ferveur religieuse reste très forte au Ghana, les irréductibles athées espèrent bien qu'avec le temps et un meilleur accès à l'éducation, la religion aura moins d'emprise sur ses pratiquants.