Interview : Lucas Abaga Nchama, gouverneur de la BEAC

Par webmaster, le 21 novembre 2016

À quelques semaines de la fin de son mandat à la tête de la Banque des États de l’Afrique Centrale, Lucas Abaga Nchama était en visite à Paris.
Le gouverneur de la BEAC a accepté de répondre à nos questions. Entretien...

Vous avez pris la tête de la BEAC en 2010 à la suite d’un grand scandale de détournement de fonds. Quelles sont les mesures que vous avez prises pour remettre de la transparence et de la bonne gouvernance dans la gestion de la Banque ?

Suite à la volonté des chefs d’états, on peut dire que nous avons amélioré la gouvernance, ramené de la sérénité et retrouvé notre crédibilité.
Parmi les mesures, il y a la collégialité. Nous avons rendu le contrôle interne totalement indépendant, nous avons également amélioré nos rapports avec le Fonds Monétaire International qui nous a beaucoup aidé. Et surtout en six années nous avons rétabli les équilibres financiers.
La BEAC a aussi réussi à innover avec la mise en place d’un marché de titres public à souscription libre par exemple. La Banque des Etats de l’Afrique centrale a affiché un bénéfice record de 160 milliards de FCFA en 2015.

La plupart des pays de la zone Cemac sont producteurs de pétrole. Comment la baisse du prix du baril a-t-elle impactée ces économies ?

La crise a commencé au moment de la crise financière (2007-2008) et l’épée de Damoclès est arrivée avec la chute brutale du prix des matières premières. À cela il faut ajouter l’impact négatif de l’insécurité liée aux exactions de Boko Haram. Cela impacte les recettes publiques des états.
La BEAC face à cette crise a pris une batterie de mesures de soutien comme l’augmentation des objectifs de refinancement. Nous avons augmenté notre participation dans la Banque de développement des États de l’Afrique centrale, elle est passée de 6% à 32%.

Autrefois traditionnellement dirigé par un Gabonais, désormais le gouverneur de la BEAC est élu selon un système tournant entre les pays de la Cemac. Qu’est-ce qui a justifié ce changement ?

C’est la volonté des chefs d’états, le fait de changer de gouverneur par pays à tour de rôle par ordre alphabétique. Le mandat est non-renouvelable, le gouverneur sait qu’à tout moment il doit pouvoir rendre compte aux dignitaires de la sous-région. Je pense que tout cela contribue à une meilleure gouvernance. Tous les états sont au même niveau d’information quant à la gestion de cette banque centrale.

Le Franc CFA fait l’objet de nombreux débats. Certains en appellent à sa réforme voire à sa disparition. Quels sont les avantages du Franc CFA dans une zone économique comme la Cemac ?

Il y a plusieurs sortes de système monétaire avec des avantages et des inconvénients. L’avantage du FCFA c’est sa stabilité et il contraint les pays membres à être disciplinés en matière de politique budgétaire. Si l’on compare les conséquences de la crise pétrolière il n’y a pas que de la CEMAC que les pays souffrent d’une inflation élevée.

Les donateurs de la République centrafricaine se sont engagés à aider à hauteur de 2,2 milliards de dollars sur les trois prochaines années ce pays meurtri par la crise. C’est une bonne nouvelle forcément pour vous ?

On ne peut que se réjouir de cette promesse de soutien à la république centrafricaine qui sort d’une période de turbulences, de guerre civile et d’instabilité politique. Nous espérons que cette promesse se transformera concrètement dans les meilleurs délais. Cela donnera une bouffée d’oxygène à ce pays pour que le pays puisse contribuer dans la paix, car la paix est nécessaire pour le développement économique d’un pays, au rayonnement de notre sous-région, la CEMAC.

Les investisseurs étrangers que la BEAC appelle de ses vœux en Afrique Centrale, demandent une certaine stabilité à la fois politique et institutionnelle pour sécuriser leurs investissements. Que pensez-vous de la volonté de la RDC de modifier les conditions d’accès au marché audiovisuel Congolais des radios et TV étrangères ?

Souhaitons que l’on puisse revenir à une position plus ouverte. Nous avons besoin de médias forts et libres qui relaient l’information auprès des populations. A notre époque, on ne peut pas arrêter l’information aux frontières d’un pays. Cela ne va pas dans le sens de l’histoire.

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Salah-Eddine Gakou

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