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31 janvier 2013

La France a-t-elle un intérêt économique à intervenir au Mali ?

http://lexpansion.lexpress.fr - 31/01/13

Paris n’a pas d’intérêt économique majeur au Mali, le pays ne disposant pas de ressources énergétiques. En revanche, les pays frontaliers sont stratégiques, notamment le Niger où Areva exploite de l’uranium. Décryptage.

L’intervention française au Mali s’intensifie. François Hollande a annoncé ce mardi 15 janvier depuis Abou Dhabi un renforcement du dispositif militaire déployé dans le pays. Le nombre de militaires français engagés dans l’opération Serval au Mali est actuellement de 750, mais leur nombre va augmenter en attendant le déploiement de la force africaine qui devrait prendre une bonne semaine, pour atteindre 2500 soldats, a indiqué le chef de l’Etat.

Répondant à l’appel à l’aide du président malien par intérim Dioncounda Traoré, la France a lancé vendredi 11 janvier des raids aériens contre les groupes armés islamistes, au nom de la lutte contre le "terrorisme". Outre les justifications géopolitiques, humanitaires et sécuritaires - les djihadistes s’attaquent au pays et à sa population, laissez le Mali aux mains de ces groupes terroristes aurait déstabilisé toute la région du Sahel -, se pose la question des intérêts économiques de la France dans cette intervention.

Le Mali n’est que le 87e client de la France

La France entretient bien sûr des relations commerciales privilégiées et anciennes avec son ancienne colonie, devenue indépendante en 1960. Mais elles sont loin d’être importantes ni même égalitaires. Le Mali est le 87e client de la France, son 165e fournisseur, selon le ministère des Affaires étrangères. Les exportations maliennes vers la France (concentrées sur l’or, le coton et le cheptel bovin) ne dépassent pas 10 millions d’euros en moyenne par an, soit à peine 0,002% du total des importations tricolores. A l’inverse, la France était, en 2010, le 4e fournisseur du Mali, mais pour un montant d’à peine 280 millions d’euros (0,065% du total des exportations françaises.

Les entreprises françaises sont représentées au Mali par 50 filiales et sociétés à capitaux français, employant un effectif global d’environ 2.000 personnes. Ces entreprises opèrent à 65% dans les services, 15% dans l’industrie et 20% dans le commerce. On dénombre par ailleurs près d’une soixantaine d’investissements privés réalisés par des ressortissants français ou binationaux installés au Mali. Mais la France n’est que le 111e investisseur direct du Mali. Au total, le nombre de ressortissants français au Mali s’élève à un peu moins de 5.000, contre 80.000 Maliens installés en France.

Derrière toute intervention militaire occidentale dans un pays en guerre se cache généralement la volonté de sécuriser, voire de mettre la main sur des ressources stratégiques, tel le pétrole en Lybie. Mais le sol malien ne dispose que de rares ressources, essentiellement des mines d’or -une petite dizaine. L’or représente d’ailleurs 15% du PIB du pays. Les explorations de pétrole n’ont en revanche jamais rien donné. L’économie malienne se résume pour l’essentiel à de l’agriculture vivrière, à l’exploitation du coton et de l’or. En raison de la guerre civile qui ravage le pays depuis la rébellion touareg il y a un an, le PIB malien s’est contracté de 4,5% en 2012, selon le FMI.

Le Niger voisin est éminemment stratégique

"Il n’y a pas d’enjeu économique pour la France spécifiques au Mali, résume Antonin Tisseron, chercheur associé à l’institut Thomas More. En revanche, le pays se trouve au carrefour de pays importants, notamment le Niger où Areva exploite de l’uranium. Un possible extension du conflit dans le Nord-Niger aurait un impact grave sur la sécurité de l’approvisionnement énergétique de la France".

Le Niger est en effet un pays éminemment stratégique pour Areva, qui y tire plus du tiers de sa production mondiale. Si le pôle minier d’Areva ne représente qu’une faible partie du chiffre d’affaires du groupe (14% en 2011), cette exploitation est indispensable au numéro un mondial du nucléaire : cet uranium alimente plus du tiers des centrales nucléaires d’EDF. Ce qui explique pourquoi Areva reste au Niger malgré les dangers - quatre des cinq français salariés des groupes Areva et Vinci enlevés le 16 septembre 2010 à Arlit, sont toujours retenus au Sahel par Aqmi.

Outre le Niger, le Mali est aussi frontalier de la Mauritanie, pays riche en pétrole où Total est présent depuis 2005, de la Côte d’Ivoire, pilier de la zone franc CFA, et bien sûr de l’Algérie, premier partenaire commercial de la France en Afrique et le troisième débouché pour les exportations françaises hors OCDE.

Par Emilie Lévêque

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