27 janvier 2013

Mali : Washington accroît son aide militaire aux forces françaises

Des soldats maliens patrouillent à Diabali, le 26 janvier 2013 ©AFP


BAMAKO (AFP) - (AFP)

Les soldats
français et maliens ont conquis samedi le bastion
islamiste de Gao (nord) et les Etats-Unis ont accepté
de ravitailler en vol des avions français, deux
développements majeurs dans l’intervention militaire
française au Mali qui entrait dimanche dans son 17e jour.

"Les forces maliennes et françaises libèrent
Gao", la principale ville du nord du Mali, a
annoncé le ministère français de la
Défense dans un communiqué, précisant que des
membres des forces spéciales s’étaient
emparés dans la nuit de l’aéroport et d’un pont
stratégique à Gao, à 1.200 km au nord-est de Bamako.

Paris a précisé que des contingents africains, formés de
militaires nigériens et tchadiens, arrivaient sur zone
pour prendre le relais des forces françaises.

"Les forces françaises et africaines
maîtrisent à 100% la ville de Gao.Il y a une
liesse populaire, tout le monde est content", a
indiqué une source de sécurité malienne.Mais
de premiers témoignages font aussi état d’actes de pillage.

"Il n’y a pas de combat à proprement parler"
dans la région de Gao, selon un porte-parole de
l’état-major français, "mais sporadiquement,
des opérations de harcèlement avec des
éléments terroristes qui ouvrent le feu sur nos
positions après s’être abrités dans des zones urbaines".

L’entourage du ministre de la Défense français
Jean-Yves Le Drian a jugé par ailleurs
"plausible" le bilan de quelques centaines de
combattants islamistes tués depuis le début de
l’intervention française au Mali donné par le
quotidien français Le Monde, citant des sources militaires.

Les positions des islamistes à Gao ont été
à plusieurs reprises pilonnées par l’aviation française.

Cette dernière devrait bientôt recevoir l’appui
d’avions-ravitailleurs américains, le Pentagone ayant
répondu favorablement à une requête de Paris
en ce sens faite il y a plus de deux semaines.

Cette décision, annoncée samedi par le
secrétaire américain à la Défense
Léon Panetta à M. Le Drian, marque une montée
en puissance de l’implication des Etats-Unis dans le conflit
malien.La veille, le président Barack Obama avait
appelé son homologue français François
Hollande pour lui exprimer son soutien.

L’armée américaine dispose d’une flotte sans
équivalent de plus de 400 avions-ravitailleurs KC-135.La France de son côté mobilise déjà une
partie importante de ses 14 avions-ravitailleurs
vieillissants pour ses missions aériennes au Mali.

Washington a jusqu’à présent fourni des
gros-porteurs C-17, ainsi qu’un soutien en matière de
renseignement via les satellites et sans doute des drones.

La ville de Gao était un bastion des islamistes du
Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de
l’Ouest (Mujao), qui y ont commis de nombreuses exactions,
dont des amputations de personnes accusées de vol.

Refus des "logiques de chantage"

C’est ce groupe qui a dit samedi à l’AFP vouloir
négocier la libération d’un otage français
qu’il détient depuis deux mois.

"Le
Mujao est prêt à négocier la libération
de l’otage Gilberto", a déclaré Walid Abu
Sarhaoui, porte-parole du Mujao, en référence au
Français Gilberto Rodriguez Leal, enlevé en
novembre 2012 dans l’ouest du Mali.

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a
répondu en refusant "les logiques de chantage"."La France fera tout pour leur liberté", a-t-il
ajouté, en évoquant les sept otages français
au Sahel.

Interrogé pour savoir si cette volonté
affichée de négociation était liée
à l’intervention militaire française, le
porte-parole du Mujao a simplement répondu : "Nous
voulons négocier.Pour la guerre, entre musulmans, nous
pouvons nous comprendre", sans autre précision.

Une déclaration qui peut être
interprétée comme une ouverture pour des
négociations avec Bamako et qui survient deux jours
après l’annonce d’une scission au sein d’Ansar Dine
(Défenseurs de l’islam), un autre des groupes
islamistes du Nord du Mali.

Parallèlement à la prise de Gao, une colonne de
militaires tchadiens et nigériens, qui étaient
stationnés au Niger, faisait route samedi
après-midi vers la frontière malienne, située
à une centaine de km au nord.

La France s’est engagée depuis le 11 janvier au
côté de ce qui reste de l’armée malienne,
contre les islamistes armés, pilonnant leurs colonnes
de pick-up et leurs bases arrière, afin d’empêcher
leur progression vers le sud et la capitale Bamako.

Les villes de Konna et
Douentza (centre) ont été reprises par les soldats
français et maliens.

Une autre colonne franco-malienne, après avoir pris le
contrôle de Diabali (ouest), progresse vers
Léré, plus au nord, avec pour objectif la
ville-phare de l’islam en Afrique, Tombouctou, à 900 km
au nord-est de Bamako.

Jean-Marc Ayrault a d’ailleurs indiqué que les
"troupes françaises et maliennes" seraient
"bientôt près de Tombouctou".Il a aussi
répété que la France "n’avait pas
vocation à rester, bien entendu" au Mali.

Les islamistes ont riposté à cette progression en
dynamitant vendredi un pont stratégique près de la
frontière nigérienne, sur une des deux routes que
pourraient emprunter les soldats tchadiens venus du Niger.

De leur côté, les chefs d’état-major
ouest-africains, réunis samedi en urgence à
Abidjan, ont décidé de "relever" le volume
de leurs effectifs promis au Mali, pour qu’ils atteignent
"5.700 hommes".

Jusque-là, l’Afrique de l’Ouest visait le
déploiement d’environ 4.000 militaires.Le Tchad a
séparément promis plus de 2.000 soldats.

Au total, autour de 2.000 soldats africains sont d’ores et
déjà stationnés au Mali ou au Niger voisin.Leur déploiement est ralenti par de sérieux
problèmes de financement et de logistique pour les pays contributeurs.

Dans la même rubrique :

  • Le journal BBC Afrique Matin

  • Le journal BBC Afrique Midi

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