15 mai 2012

Centrafrique : la capture d’un commandant constitue un atout dans la traque de la LRA

Ceasar Acellam (C), un haut responsable de l'Armée de résidentce du Seigneur (LRA), à la base militaire ougandaise de Djema, le 13 mai 2012 ©AFP


KAMPALA (AFP) - (AFP)

La capture
d’un des plus hauts gradés de la sinistre
rébellion de l’Armée de résistance du
Seigneur (LRA) porte un coup important à ce groupe
réputé pour sa cruauté et pourrait constituer
un atout crucial dans la traque de son chef Joseph Kony,
estiment les analystes.

Caesar Acellam est le plus haut hiérarque de la LRA -
dont il est considéré comme le n°4 -
tombé aux mains de l’armée ougandaise, qui l’a
qualifié de "gros poisson".

Selon les analystes, Acellam pourrait livrer - en
échange de garanties sur son avenir et une possible
amnistie - des informations de haute valeur, notamment la
possible cache de Kony et sa stratégie pour
échapper aux armées régionales qui le pourchassent.

"C’est un atout majeur à avoir dans sa manche",
a estimé Angelo Izama, analyste politique au centre de
recherche Fanaka Kwawote, basé à Kampala.

Pour ceux qui traquent la LRA, "c’est un peu comme
marcher dans une maison dont les lumières étaient
éteintes et sont désormais allumées.Avec
Acellam, ils vont bien mieux voir où ils vont",
a-t-il ajouté.

L’Union africaine (UA) met actuellement sur pied une force
régionale, qui regroupera 5.000 soldats ougandais,
congolais (RDC), centrafricains, et sud-soudanais qui
pistent déjà la LRA sur leurs territoires
respectifs, et coordonnera leurs actions.

Une centaine de membres des forces spéciales
américaines les épaulent depuis la fin 2011,
surtout en matière de renseignement et de soutien logistique.

Aucune
information n’a pu être obtenue sur le rôle
qu’elles ont joué dans la capture d’Acellam, mais le
groupe du chef rebelle avait été repéré
en République démocratique du Congo (RDC), où
l’armée ougandaise, qui l’a fait prisonnier, n’a pas
l’autorisation d’intervenir.

Cette capture "est une chance
énorme et je pense que ça pourrait
être le coup décisif", estime de
son côté Sunday Okello, de l’Institut d’Etudes
de Sécurité (ISS), basé à Addis Abeba,
car "on ne savait pas grand chose sur la structure de la
LRA, leur mode opératoire, ce qu’ils font réellement".

Acellam, arabophone, est en outre soupçonné
d’être l’agent de liaison entre la LRA et le
gouvernement soudanais, suspecté de l’avoir soutenu
dans les années 2000 et de continuer à le faire.C’est "une prise importante, particulièrement parce
qu’il peut décrire la relation actuelle avec les
Soudanais", estime Ledio Cakaj, chercheur
indépendant, spécialiste de LRA.

Selon les analystes, Acellam, qui a rejoint la LRA en 1988
quand il était étudiant, est brouillé avec
Joseph Kony depuis plusieurs années, alors que le
mouvement était agité par un conflit interne sur
des négociations de paix, et a été sur le
point de faire défection à plusieurs reprises.

Lui-même
assure qu’il a été capturé alors
qu’il avait quitté son groupe d’une trentaine de
personnes, et qu’il avait pour projet de se rendre."Ma
réédition va inciter les gens encore dans le
maquis à en sortir et va permettre de mettre fin à
la guerre bientôt", a-t-il assuré aux
journalistes qui l’ont rencontré dimanche sur une base
de l’armée ougandaise en Centrafrique, sur le
territoire de laquelle il a été arrêté.

Tim Allen, professeur à la London School of Economics et
auteur d’un livre sur la LRA, confirme que cette capture
pourrait encourager une partie des rebelles à se
rendre, "s’il est publiquement annoncé qu’il
(Acellam) bénéficie d’une amnistie" et
"s’ils sont sûrs qu’ils ne seront pas tués par
l’armée ougandaise".

Une éventualité peu probable pour le trio de
tête de la LRA - Joseph Kony, Okot Odhiambo et
Dominique Ongwen -, recherché par la Cour pénale
internationale pour crimes contre l’humanité.

Kony a pris la tête de la LRA à la fin des
années 80. Celle-ci opérait alors dans le nord de
l’Ouganda, où elle a multiplié les exactions -
enlèvements d’enfants transformés en soldats et en
esclaves et mutilations de civils - avant d’en être
chassée en 2006 par l’armée ougandaise et de
s’éparpiller dans des denses forêts
équatoriales des pays alentours.

La capture d’Acellam est un signe que les efforts accrus
entrepris récemment pour anéantir la LRA
commencent à payer, estime Angelo Izama : "La
pression sur la LRA est importante et cette pression a
contribué à ce qui vient de se passer".

Mais cette pression accrue sur le groupe pourrait aussi
déclencher une riposte ultime d’un groupe sanguinaire."Une des principales menaces que peut encore
représenter la LRA, c’est qu’ils se rendent compte
qu’ils sont acculés et qu’ils réagissent en tuant
et violant", a estimé Sunday Okello.

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