JDA du Jeudi 13 Octobre 2011

13 octobre 2011 à 14h11
CAMEROUN : L'alternance sera-t-elle possible, cette fois-ci, dans ce pays de l'Afrique centrale ? Une fois de plus, pouvoir et opposition s'affronte sur la régularité du processus électoral du 9 octobre dernier. _ 1- Quelle analyse faites-vous de l'élection présidentielle du 9 octobre au Cameroun ? _ 2- Selon vous, à quoi est dû le faible engouement des électeurs ? _ 3- Que dites-vous de l'absence des représentants des candidats de l'opposition dans les bureaux de vote dont a même pu constater que certains ont fait appel au pied levé à des jeunes, notamment des étudiants pour faire ce travail ? _ 4- Face au président sortant, est-ce qu'on ne s'est pas retrouvé parfois avec des aventuriers ? POUR EN PARLER : _ Philippe NGAMOU, acteur politique _ Théophile KOUAMOU, journaliste, analyste L'alternance au Cameroun est difficile, voire impossible, avec une opposition très peu organisée et inconsistante. Les contre-pouvoirs qu'auraient pu être la société civile et la presse ont depuis longtemps démissionné. Seul prospère aujourd'hui le culte de la personnalité du chef de l'?tat, qui a brisé le verrou constitutionnel de la limitation des mandats présidentiels en avril 2008 pour s'éterniser au pouvoir. Cette année-là, plusieurs centaines de Camerounais furent tués par les forces répressives d'un pouvoir alors aux abois. _ i- Unanimité sur le désordre du vote : D'une formation à l'autre dans le camp opposé au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), le ton est quasiment identique pour juger le vote comme ayant été émaillé de "graves irrégularités". _ ii- Le fichier électoral ne reflète pas la réalité du corps électoral au Cameroun. Sur la base des chiffres publiés par ELECAM, plus de 7,5 millions d'électeurs inscrits étaient appelés aux urnes dimanche pour élire parmi 23 candidats parmi lesquels le chef de l'Etat sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, leur futur président pour les 7 prochaines années. La liste électorale n'a pas été revue depuis des décennies alors que des milliers de Camerounais quittent le pays chaque année, sans compter les décès très nombreux depuis la dernière décennie et la réapparition des maladies éradiquées depuis de longues années, comme le choléra. Le Cameroun bat aussi, dans la région, le record du taux d'infections au Vih-Sida dans la population. _ iii- Sur l'absence des représentants des partis politiques d'opposition dans un grand nombre de bureaux de vote tant à Yaoundé que dans le reste du pays : "Dans la nouvelle loi, se défend les membres de la Majorité présidentielle, il y a une disposition qui dit que pour être représentant d'un parti dans un bureau de vote, il faut être inscrit dans ce bureau de vote. Or ELECAM n'a pas sorti les listes des électeurs par bureau de vote. Les listes finalement, on ne les a connues que le jour du vote". C'est grave ! _ iv- Rejet des résultats de l'élection en cas de réélection du président Biya : « Si on n'est pas d'accord sur le fichier, on ne peut pas être d'accord sur les résultats", martèle l'Opposition en ch?ur. L'élection du 9 octobre 2011, du fait du non respect de la loi républicaine et du jeu démocratique, les irrégularités flagrantes et les fraudes massives observées dans les 58 départements du Cameroun et tout le dysfonctionnement soigneusement élaboré par ELECAM et l'administration, viennent (sic) accroître les frustrations des Camerounais (sic) qui souffrent déjà de la pauvreté voire de la misère", a souligné un observateur neutre de cette élection. A l'endroit des adversaires, il assène : "Le vrai problème de l'opposition: ils n'ont aucune implantation territoriale. Le RDPC est le seul parti à avoir une implantation sur l'ensemble du territoire national. Les autres sont soient semi-régionaux, soit semi-départementaux. Ils n'ont pas pu ratisser large; ils n'ont pas occupé le terrain". _ v- Et la majorité clame haut et fort : Comme sur un air de victoire: "La prochaine élection présidentielle se prépare à partir d'aujourd'hui. Le président Paul Biya, ses militants ont battu campagne sur tout le territoire national. Ce qui n'est pas le cas de nos adversaires, y compris de l'opposant historique Ni John Fru Ndi qui n'a pas de militants partout. Ils ne peuvent pas gagner une élection dans ces conditions-là".