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Soudan du Sud: dix soldats reconnus coupables de viol d'humanitaires et de meurtre

06 septembre 2018 à 14h49 Par AFP
Une cour martiale sud-soudanaise a reconnu jeudi dix soldats coupables des viols de cinq travailleurs humanitaires étrangers et du meurtre d'un journaliste dans un hôtel lors de combats à Juba en juillet 2016.

"Le tribunal militaire a jugé que les accusés (...) étaient coupables en raison de leur responsabilité directe dans ces crimes", a déclaré le juge Knight Baryano Almas, énumérant les accusations de viol, meurtre, pillage et destruction de biens.

Un onzième soldat accusé dans cette affaire a été acquitté tandis qu'un douzième, un commandant accusé d'avoir coordonné l'attaque, est décédé d'une "mort naturelle" en détention en octobre 2017, selon l'armée.

Les crimes reprochés aux accusés ont été commis le 11 juillet 2016 dans un hôtel situé à un peu plus d'un kilomètre d'une base de l'ONU à Juba, alors que la capitale était en proie à de violents combats entre l'armée fidèle au président Salva Kiir et les forces du rebelle et ancien vice-président Riek Machar.

Lors de son témoignage au début du procès, le propriétaire britannique de l'hôtel, Mike Woodward, a indiqué que "50 à 100 soldats armés" avaient pénétré dans l'enceinte de l'hôtel, où se trouvaient environ 50 employés d'organisations étrangères.

"Un groupe (de soldats, ndlr) est allé directement au bar et au restaurant, tandis que l'autre est allé vers la zone résidentielle", avait-il dit.

M. Woodward avait fait état du "viol en réunion d'au moins cinq femmes étrangères", du meurtre d'un journaliste sud-soudanais, de tirs sur un travailleur humanitaire américain et "du fait qu'ils ont frappé et torturé presque chaque personne dans le bâtiment". 

La cour martiale a également jugé jeudi que le gouvernement sud-soudanais devrait payer 4.000 dollars (3.440 euros) de compensation à chaque victime de viol, et plus de 2 millions de dollars au propriétaire de l'hôtel, M. Woodward.

Le témoignage de ce dernier est corroboré par des rapports compilés par l'ONU et l'ONG Human Rights Watch.

L'enquête de l'ONU a par ailleurs montré que les Casques bleus stationnés à proximité de l'hôtel ne sont pas venus au secours des personnes s'y trouvant, malgré de nombreux appels à l'aide par téléphone.Au nombre de 13.000, les Casques bleus ont de manière générale répondu de manière "chaotique et inefficace" aux violences de juillet à Juba, selon la même source.

L'attaque contre cet hôtel est un des nombreux exemples d'atrocités commises depuis le début du conflit et a été citée en exemple dans plusieurs rapports pour illustrer l'incapacité des Casques bleus à protéger les civils dans ce pays.

Deux ans et demi après son indépendance, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3,5 millions de déplacés.

Le jugement de jeudi est un des rares exemple de justice rendue pour les crimes commis dans ce conflit, que les observateurs attribuent à la présence d'étrangers parmi les victimes.