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Mauritanie/Elections: le pouvoir devance l'opposition qui dénonce "une mascarade"

09 septembre 2018 à 22h19 Par AFP
Le parti au pouvoir en Mauritanie était largement en tête au premier tour des élections législatives, régionales et municipales du 1er septembre, loin devant les islamistes et l'opposition radicale, qui a dénoncé dimanche "une mascarade électorale".

Ce scrutin à moins d'un an de la présidentielle de mi-2019 est un test pour l'opposition et l'UPR, le parti dirigé par le président Mohamed Ould Abdel Aziz.

M. Aziz est un ancien général arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 2008, élu en 2009 et réélu en 2014.Bien qu'il se soit engagé à maintes reprises à ne pas tenter de modifier la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels, il n'a pas apaisé les soupçons de l'opposition sur ses intentions pour la présidentielle, alimentés par les déclarations publiques de ses ministres et de ses partisans.

"L'UPR a été classée en tête des partis politiques au vu des résultats provisoires avec le plus grand nombre de députés, de mairies" et le tiers des 13 conseils régionaux à l'issue du premier tour", a annoncé dimanche le porte-parole de la Commission électorale, Moustapha Sidel Moktar. 

Sur 157 sièges de députés en jeu, dont 131 ont été pourvus au premier tour, le parti au pouvoir en "a eu 67" contre 14 pour le parti islamiste (Tewassoul, opposition), représenté dans l'Assemblée sortante avec 16 députés.Tewassoul n'avait pas suivi le mot d'ordre de l'opposition de boycotter les législatives en 2013.

L'UPR a déjà emporté quatre conseils régionaux sur les 13 du pays et 108 communes sur 219 lors des élections du 1er septembre, a ajouté M. Sidel Moktar. 

D'autres partis de "l'opposition et de la majorité seront représentés également à l'Assemblée nationale avec des nombres de députés allant de six à un député", selon la même source. 

Deux partis de l'opposition radicale, dont la quasi-totalité des membres avait boycotté les législatives de 2013, le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) d'Ahmed Ould Daddah et l'Union des forces du progrès (UFP) de Mohamed Ould Moloud, ont chacun obtenu trois députés.M. Moloud, également chef de l'opposition radicale, fait partie des élus de sa formation.

Un autre fait marquant de ces élections est l'élection à l'Assemblée nationale du militant antiesclavagiste, Biram Ould Dah Ould Abeid.

M. Ould Abeid s'était présenté aux législatives sous les couleurs du parti Assawab, aux orientations baassistes (nationaliste arabe), qui a récemment fait alliance avec l'aile politique de son organisation, l'IRA (antiesclavagiste).

Il est en prison depuis le 13 août à la suite d'une plainte portée contre lui par un journaliste mauritanien, Daddah Abdallah, qui l'accuse de "calomnie, d'injures et d'incitation à la haine".

"Ce qui vient de se passer est une mascarade électorale", a déclaré dimanche Ahmed Ould Daddah, lors d'une conférence de presse, au nom de la coalition de l'opposition.

Il a dénoncé une "fraude massive, l'incompétence de la Céni et la faiblesse de ses structures" ayant permis "au parti au pouvoir et à l'administration de falsifier les élections".

- appel à une coalition face au pouvoir -

L'opposition a également appelé à une large coalition contre le parti au pouvoir au second tour du 15 septembre et à la remise en liberté de Biram Ould Dah Ould Abeid.

La participation à ces élections a été de 73,4%, avait annoncé samedi soir, le président de la commission électorale (Céni), Mohamed Vall Ould Bellal. 

Il avait alors fait part de "la volonté et l'ambition ferme de la Céni d'organiser des élections sans aucun grief" avant d'être confronté à des "difficultés énormes" lors du scrutin dont: un "temps limité pour la préparation", le nombre record de 98 partis en lice, "la saison des pluies".

Malgré des craintes de report en raison du retard dans la publication des résultats, le second tour était maintenu le 15 septembre pour élire 22 députés.Quatre autres députés pour les Mauritaniens de l'extérieur doivent être élus par les futurs députés.

Le scrutin du 15 septembre doit également départager les partis dans neuf conseils régionaux et 111 communes, selon la Céni.