Les Soudanais irrités par la hausse du pain à l'approche du référendum

17 décembre 2010
KHARTOUM (AFP)

"C'est maintenant quatre pains pour le prix de cinq", lance d'une voix assurée un jeune boulanger ayant pignon sur rue dans les dédales d'un souk empoussiéré de Khartoum, capitale du Soudan où la population est irritée par l'inflation pré-référendaire.

Début décembre, les Soudanais revenaient de leur boulanger de quartier un sac de plastique bringuebalant noué à l'index et rempli de petits pains chauds circulaires payés 20 piastres l'unité (5 centimes d'euros).Cette époque est en partie révolue.

"Il y a une semaine, on avait cinq pains pour une livre soudanaise (25 centimes d'euros), maintenant on en a quatre.Les gens sont mécontents", soupire Mohamed en contemplant sa platée de "foul", une purée de fève humectée d'huile qui fait le délice des Soudanais à l'heure du déjeuner.

"Le prix du sac de farine de blé a bondi de 30% du jour au lendemain", constate Zein al-Toum, un commerçant d'Omdurman, ville jumelle de Khartoum, sur la rive occidentale du Nil.

Selon les données les plus récentes de l'agence des Nations unies pour l'Agriculture et l'Alimentation (FAO), le prix du blé dans le monde a bondi de 12% dans la première semaine de décembre par rapport à la moyenne en novembre, et de 70% par rapport au mois de juillet.

La hausse des cours de la céréale sur les marchés mondiaux, doublée de l'insécurité politique à l'approche du référendum du Sud-Soudan prévu le 9 janvier, se répercutent dans l'assiette des plus démunis.

Le Soudan, plus grand pays d'Afrique, importe environ les deux-tiers de la consommation annuelle de blé de sa population de plus de 40 millions d'habitants.

Pour importer du blé, les autorités et les industriels ont besoin de devises étrangères.Or, la livre soudanaise s'est grandement dépréciée au cours des dernières mois, minée en partie par l'incertitude liée au référendum, qui devrait vraisemblablement mener à la partition du pays.

La banque centrale offre actuellement une prime de près de 20% sur le cours officiel dollar -- un dollar pour 2,5 livres soudanaises, près de trois livres avec la prime -- dans l'espoir de freiner le marché noir du change et de faire le plein de billets verts.

Mais cette stratégie n'a pas jugulé la spéculation.Le dollar flirte avec les 3,5 livres soudanaises pour des grosses opérations au noir, selon des changeurs.

Outre le cours du pain, celui du sucre, une denrée importée malgré une importante production locale, galope aussi sur les marchés de Khartoum.Le sac de 50 kilos, qui s'échangeait 105 livres soudanaises au début du Ramadan en août, oscille aujourd'hui entre 150-160 livres (plus de 40 euros).

En conséquence, les vendeuses de thé, qui servent ces boissons chaudes saturées en sucre dans des cafés improvisés sous les arbres, ont ajusté leur prix à la hausse."Le thé est passé de 50 à 70 piastres et le café d'une à 1,5 livre (40 centimes d'euro)", explique Mariam, une vendeuse de thé à Khartoum.

Selon le Bureau central des statistiques, organisme gouvernemental surveillant le coût de la vie dans les Etats du Nord-Soudan, l'inflation s'est accélérée à 9,8% en novembre, poussée alors par la hausse des prix de la viande et des fruits et légumes.

Seule bonne nouvelle à l'horizon, les autorités ont constaté une récolte abondante de sorgho, premier produit alimentaire dans les campagnes du pays."Mais dans les villes, nous ne cultivons pas, il faut donc acheter au souk.Et c'est très cher actuellement", se plaint Mohamed devant son plat de "foul".