France: vers une sortie de crise à Mayotte, touchée par un mouvement social

13 mars 2018
Mamoudzou (AFP)

Le mouvement social contre l'insécurité et l'immigration clandestine qui touche l'archipel français de Mayotte, dans l'océan Indien, semblait s'acheminer vers une sortie de crise mardi soir, avec la proposition de lever les barrages routiers à l'issue de cinq heures négociations.

La ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, qui a reçu un accueil très houleux à son arrivée lundi sur le petit département français, situé entre la côte orientale de l'Afrique et Madagascar, a reçu mardi une délégation du collectif des citoyens et de l'intersyndicale, à la tête du mouvement de contestation, ainsi que des élus.

Fatihou Ibrahim, porte-parole du collectif des citoyens, a annoncé mardi soir, au bout de cinq heures de négociations avec Mme Girardin, qu'une levée des barrages routiers serait proposée mercredi à la population.

"On a des avancées réelles, le plan de lutte contre l'insécurité est acté" et "la ministre s'est engagée à remettre plus d'Etat sur le territoire".La population est appelée à se rassembler mercredi à Mamoudzou et "nous allons voir avec eux s'ils voient favorablement la levée des barrages", au moins pendant un mois, le temps que des études sur les moyens d'améliorer la sécurité et la présence de l'Etat soient présentées.

"Je souhaite le retour au calme dans le territoire le plus vite possible puisque nous avons devant nous un court mois de travail", a dit de son côté Mme Girardin.

- 'Défier le gouvernement' -

Avant ces négociations, plusieurs milliers de personnes avaient manifesté à Mamoudzou contre l'insécurité et l'immigration clandestine en provenance des Comores, à 70 km de là, mais aussi pour réclamer davantage d'actions de l'Etat.

"On est là pour crier notre colère.A partir d'aujourd'hui, nous allons défier le gouvernement", a lancé un porte-parole du collectif. 

"Non à la conférence, oui aux actions", pouvait-on lire sur certaines banderoles en référence à la conférence sur l'avenir de Mayotte proposée par la ministre.

"Je suis là pour la sécurité principalement, et pour tous les problèmes sociaux", a expliqué Lisa, enseignante de 26 ans, énumérant le manque d'écoles et de lits à l'hôpital."Que les clandestins retournent à Anjouan ou en métropole !", hurlait une autre manifestante. 

Dans le même temps, 200 à 300 manifestants ont investi l'assemblée départementale pour dénoncer la "trahison" de certains élus qui avaient accepté la veille de discuter avec la ministre à Dzaoudzi.

Annick Girardin "a toute la légitimité et toute latitude pour intervenir", a défendu le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Lundi, la ministre a ouvert le chantier, qui fait débat, d'un possible statut d'extraterritorialité pour l'hôpital, dont la maternité est la première de France avec quelque 10.000 naissances chaque année. 

- Election à risque -

L'objectif est d'enrayer la multiplication de naissances d'enfants de mères venues des Comores voisines et en situation irrégulière, ce qui est perçu comme un abus du droit du sol. 

"En 2015, plus d'un adulte sur deux vivant à Mayotte n'y est pas né", et les natifs des Comores "représentent 42% de la population du département", selon l'Institut des statistiques Insee.

Avec ce statut, la maternité serait "en quelque sorte une maternité internationale", mais le droit du sol ne serait pas remis en cause, a expliqué le député macroniste Aurélien Taché dans le quotidien français La Croix."Au lieu d'obtenir automatiquement la nationalité française", les enfants de Comoriennes qui y naîtraient "pourraient être déclarés comme Comoriens au registre de l'état civil".

L'ex-ministre des Outre-mer et députée de la Réunion (Nouvelle gauche), Ericka Bareigts, s'est étonnée que "personne ne parle d'investissements aux Comores".

Dans ce climat, l'élection législative partielle du 18 mars est maintenue malgré les risques.Les manifestants ont annoncé la couleur : "Chacun va imprimer un bulletin +sécurité du département+ et le mettre dans l'urne", a assuré l'un d'eux.